Conférence et exposition sur le Compagnonnage et le chantier de la cathédrale à Rueil-Malmaison

Notre-Dame de Paris : un photographe au cœur du chantier (jusqu’au 1er mars)

Médiathèque Jacques-Baumel, Rueil-Malmaison

 

En savoir plus sur : https://www.mediatheque-rueilmalmaison.fr

Les compagnons du Tour de France, héritiers des bâtisseurs de cathédrales ?

Jeudi 19 février 2026 à 20h30, la médiathèque Jacques Baumel de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine ; région Île-de-France) a proposé, dans le cadre de son cycle « Agora, l’actualité autrement », une rencontre avec Frédéric Thibault, tailleur de pierre, sculpteur et compagnon des Devoirs Unis.

Entrée libre, salle comble. La responsable de la médiathèque a présenté l’invité du soir, venu de Bordeaux, avant de lui donner la parole pour éclairer un monde que beaucoup pressentent sans le connaître.

 

Appuyé sur un riche diaporama, Frédéric Thibault a posé le sujet dans sa juste mesure. Le compagnonnage n’est pas une étiquette unique, mais une histoire plurielle, faite de métiers et de devoirs. Il a rappelé qu’il fallait attendre le XVe siècle pour trouver une première mention indiscutable, en 1420, avec l’image de compagnons allant de ville en ville pour apprendre, connaître, voir et savoir. Dans cette formule, nous entendons déjà le voyage comme école, et la transmission comme discipline.

 

Le conférencier a ensuite déroulé un fil historique clair, sans gommer les tensions. Il a évoqué la codification des rites, l’apparition des couleurs, puis la recomposition au XIXe siècle. Il a rappelé le Club de 1848, la première fédération de 1874, et l’émergence au congrès de Paris de 1889 de l’Union compagnonnique des compagnons du Tour de France des Devoirs Unis. La démonstration a fait sentir comment l’exigence s’est déplacée vers la règle, l’école et la transmission. Dans cette perspective, le chef-d’œuvre n’est pas seulement un objet, il devient une preuve intime, la signature d’un geste juste.

Cette exigence a trouvé un écho naturel dans l’actualité patrimoniale, au moment même où la médiathèque présente l’exposition temporaire « Notre-Dame de Paris, David Bordes un photographe au cœur du chantier », du 27 janvier au 1er mars 2026. À propos de Notre-Dame de Paris, Frédéric Thibault a déconstruit un mythe relayé, celui d’une exclusivité des compagnons sur les grands chantiers. Il a rappelé la diversité des compétences mobilisées et la primauté de l’expertise. Dans les échanges, il a aussi alerté contre l’usage abusif du mot compagnon par certaines entreprises, et a donné des repères simples pour vérifier, sans naïveté, ce qui relève d’un titre, d’un parcours, d’une réalité.

Puis la soirée est devenue atelier public. Les questions, nombreuses, ont approfondi les propos, avec une présence féminine très active. Nous avons entendu des demandes sur la durée réelle du Tour de France, son organisation, les contrats, le réseau d’accueil, la figure de la mère et celle du père, ces repères discrets d’une fraternité itinérante. D’autres interventions ont porté sur l’ouverture aux femmes, entre histoire officielle et histoires plus discrètes, et sur les évolutions en cours selon les mouvements. La médiathèque a proposé de prolonger l’échange.

Nous ressortons avec le sentiment d’avoir mieux compris, et parfois découvert, l’univers compagnonnique. L’héritage des cathédrales ne se résume pas à une légende. Il se reconnaît dans une discipline du geste, dans l’épreuve du voyage, dans la joie exigeante de transmettre, et dans cette idée que bâtir du beau demeure une manière de former l’être humain.

Y.G pour Le Compagnonnage

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