Photo ci-dessus © Musée Carnavalet Paris
Cette question ouverte s’adresse non seulement à notre Société Compagnonnique, mais bel et bien à chaque membre qui la compose.
Inséparable de la main et du métier, l’esprit du Compagnonnage s’exprime par des valeurs, une volonté de toujours mieux faire, le voyage ou « Tour de France », des coutumes, des symboles, des rites et des légendes.
Mais quelles sont les valeurs du Compagnonnage ?
Une Société dans la société
Depuis la Révolution française, le fronton de nos mairies affiche le triptyque républicain Liberté – Égalité – Fraternité. Ces valeurs n’ont depuis lors jamais été remises en cause.
Le Compagnonnage, antérieur à la Révolution, véhiculait des valeurs tout aussi fortes : Expérience, Patience, Générosité, et sans oublier : Confiance, Partage, Solidarité.
Véritable « Société » dans la société, le Compagnonnage a subi moult évolutions et vu autour de lui des révolutions sociétales et techniques. La démarche du Compagnonnage est complexe : tension entre le passé et l’avenir, elle est le vecteur d’une transmission qu’elle se doit de ne pas dénaturer tout en sachant adapter son discours afin d’être reçue à chaque nouvelle époque.

Temps et disponibilité
Le temps constitue l’axe fondamental autour duquel se déroulent les enjeux Compagnonniques. Le Compagnonnage véhicule cette notion de temps.
Le temps d’acquérir un geste et la culture du métier. Le temps de se connaître et de développer les vertus nécessaires pour devenir Compagnon. Une autre notion du temps caractérise notre démarche, celle du temps sacré en un lieu circonscrit à notre réunion afin « d’élever nos cœurs au travail, la plus noble des vertus Compagnonniques. »
Le bouleversement et la perte des repères traditionnels de notre société rendent la compréhension de notre vocation plus difficile auprès d’une partie de la jeunesse non-éduquée. L’évolution de l’être est une condition sine qua non de notre démarche à travers le savoir-être, la relation à l’autre dans l’apprentissage de la fraternité.
Il n’est donc pas juste question de savoir « faire ». Loin du paraître et de la superficialité, caractéristique de notre époque, les individus cheminant dans le Compagnonnage sont entiers et en quête de valeurs supérieures nécessitant du temps. Le temps d’investissement pour le métier, pour la société. Le temps de disponibilité pour les frères et les jeunes…
Le Compagnonnage dit : « Apprendre et se perfectionner dans son métier, et ensuite transmettre et enseigner ce même métier. »
À travers les jeunes qui sont l’avenir de notre institution, les valeurs de transmission et de partage ne font que se renforcer. Transmettre l’amour du travail, du dépassement de soi-même afin juste d’être heureux d’avoir accompli ce que nous, Compagnons, appelons « travail bien fait ».
Persévérance, écoute et réalisation
Tout va vite et doit aller plus vite encore. Là où les machines font le travail à notre place, le temps de faire correctement le même travail « à la main » est un challenge économique ou devient l’objet d’un marché élitiste.
Désormais, connaître son métier et être passionné ne sont plus suffisants. Il s’agit de bien le vendre afin d’en vivre, concurrencé par les machines ou les techniques de substitution. La jeune génération qui est née dans cette culture de l’instantané risque d’être rebutée en partie par la temporalité de ce Compagnonnage où des années sont nécessaires pour se parfaire.
L’homme n’est pas fait pour vivre seul. Un Français sur quatre fait partie d’une ou plusieurs associations. Le besoin de se rassembler afin de travailler sur tel ou tel sujet semble rassurant. Face aux problèmes que sont les épidémies, les catastrophes naturelles, l’immigration, la pauvreté, notre société répond par la solidarité, l’entraide, la tolérance. La plupart du temps, cette vie associative peut perdurer. Cependant, nombre d’associations finissent par s’essouffler et disparaître avec le temps. Avec le Compagnonnage, l’enjeu est différent car chaque siècle nourrit le suivant. La progression est constante.
Prenons un Aspirant qui vient chercher une connaissance. Non seulement il va progresser dans son domaine de compétence qu’est le métier, mais il va trouver bien plus que ça. Accompagné de son parrain, les connaissances techniques et humaines seront poussées au maximum afin de faire de lui un homme accompli : persévérance, écoute, réalisation.
Le métier, axe majeur de notre vie
Les valeurs positives des Compagnons s’expriment à travers un travail beau, solide, durable, approprié avec des produits et des matériaux de qualité pour un ouvrage bien pensé et exécuté dans un temps raisonnable.
Le maintien de ces valeurs est dû à une exceptionnelle expertise dans la connaissance du métier et de sa déontologie, dans la connaissance des matériaux, du contexte économique, des êtres vivants. Le tout lié à une éthique très élaborée dans le respect de la vie, de l’existence et du monde associé à un projet d’avenir pour l’humanité.
Aujourd’hui, le virtuel et l’intelligence artificielle : entre l’opérationnel et l’abstrait, expliquer sans relâche le sens d’une véritable production artisanale va s’avérer fondamental.
Partage, patience, transmission
L’arrivée des femmes au sein du Compagnonnage a été houleux mais nécessaire. Partage, patience, transmission : ces valeurs résument bien ce passage obligé pour l’avenir de nos institutions.
Avez-vous remarqué que le nom donné aux Compagnons revêt dans l’immense majorité des « vertus Compagnonniques » ?
Ici, Gascon la Liberté, là, Angoumois la Sagesse, et enfin Maubeugeois la Fraternité… Ces noms ont traversé les époques, les Sociétés, le temps. Mais ils restent le propre de chaque individu. Ce nom, ils se le font fabriquer à travers leur savoir être et savoir-faire.
Aujourd’hui, nous avons tous le devoir de vivre quotidiennement notre engagement. Passer de l’ombre à la lumière : tel est l’enjeu de notre Société Compagnonnique. Porter ces valeurs, c’est valider ce qui a été, est et sera le Compagnonnage universel autour de l’équerre et du compas.
Alors, les valeurs du Compagnonnage sont-elles toujours d’actualité ? Nous répondons sans faillir : « Plus que jamais ! »
Les Compagnons de la Cayenne d’Angoulême



