Les Compagnons tourneurs sur bois : quand l’histoire se transmet de main en main depuis 1731

Les Traditions Compagnonniques traversent les siècles grâce à une transmission orale mais aussi écrite. Notre dernier numéro de la revue Le Compagnonnage vous plonge dans l’histoire fascinante des Compagnons tourneurs sur bois du Devoir, dont les premiers règlements écrits remontent à 1731. Cette corporation, parmi les plus anciennes du Compagnonnage, nous offre un témoignage exceptionnel sur l’évolution des pratiques et des symboles à travers près de trois siècles.

Comment un simple livret de règles nous révèle l’âme du Compagnonnage d’autrefois

Le petit livre des règles des Jolis Compagnons tourneurs du Devoir de Bordeaux constitue un trésor inestimable pour comprendre le Compagnonnage sous l’Ancien Régime. En effet, ce document daté de 1731 nous transporte dans un monde où la foi chrétienne rythmait chaque aspect de la vie compagnonnique.

“Aujourd’hui 9 du mois d’avril 1731, nous tous Compagnons Tourneurs de Bordeaux avons trouvé à propos de faire dire une messe à la fête de Saint Michel, toutes les fêtes annuelles, jour de notre Dame et Premier Dimanche de chaque mois”, peut-on lire dans ce précieux document.

Ce texte nous dévoile également l’organisation hiérarchique des Compagnons tourneurs avec la mention du Capitaine, du rôleur et d’autres fonctions essentielles. Par ailleurs, le document contient trois images rares représentant saint Michel (patron des tourneurs), la sainte famille et le baptême du Christ – choix symboliques qui avaient une signification profonde dans leurs rituels initiatiques.

Notons également que ces Compagnons, souvent illettrés, puisaient leurs références symboliques dans l’imagerie chrétienne omniprésente dans leur quotidien : vitraux des cathédrales, sculptures religieuses et récits bibliques formaient le socle de leur culture spirituelle et professionnelle.

Pourquoi la redécouverte de ce document en 2025 transforme notre compréhension du Compagnonnage

L’histoire de ce petit livre est presque aussi fascinante que son contenu. Après avoir servi aux Compagnons tourneurs de Bordeaux puis de Marseille, il fut confié au milieu du XIXe siècle au Compagnon Pierre Audebaud, Saintonge la Fidélité, établi comme chaisier et tourneur à Saint-Maximin près de la Sainte-Baume.

De père en fils, ce document précieux fut préservé jusqu’au début du XXe siècle. Ainsi, Louis-Octave Audebaud, fils de Pierre et également Compagnon tourneur reçu en 1887 sous le nom de Provençal la Fidélité, conserva ces archives jusqu’à son décès en 1922.

En 1889, alors que la corporation des tourneurs sur bois ne comptait plus que trois villes actives (Paris, Lyon et Marseille), ce document témoignait déjà d’une époque révolue. Par la suite, il passa entre différentes mains, notamment celles de l’historien Émile Coornaert qui en publia partiellement le contenu dans son ouvrage de référence sur le Compagnonnage en 1966.

Longtemps considéré comme perdu après le décès de Coornaert en 1980, ce petit livre a finalement été redécouvert en 2025 chez un bouquiniste parisien par un compagnon vitrailliste attentif.

Cette redécouverte providentielle nous permet aujourd’hui de mieux comprendre l’évolution spirituelle du Compagnonnage, depuis ses racines profondément chrétiennes jusqu’à son adaptation progressive aux transformations sociales et culturelles des XIXe et XXe siècles.

Comment ce document unique nous aide-t-il à comprendre les pratiques initiatiques des Compagnons d’autrefois ? Découvrez l’analyse complète et les secrets de ce livre dans notre dernière revue.

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