Entretien avec Johnny Walter, directeur de l’Académie des Métiers d’Art
L’Académie des Métiers d’Art (AMA) propose depuis 2013 une offre dynamique de formations concernant les métiers de bijouterie et de joaillerie. Ayant signé une convention le 27 janvier 2022 avec l’Union Compagnonnique, l’Académie des Métiers d’Art n’a cessé de renforcer son partenariat. Son directeur général, Johnny Walter, nous explique ce qui le relie aux valeurs du Compagnonnage.
Le Compagnonnage. Quels sont les métiers enseignés à l’AMA ?
Johnny Walter. L’AMA se dévoue à l’ensemble des métiers en bijouterie et joaillerie :
– Transformation du métal.
– Fabrication des bijoux et des accessoires de mode.
– Polissage du métal (pour donner une texture).
– Sertissage des pierres (enchâsser les pierres dans les montures en métal à toutes les étapes de la préparation du bijou).
– Lapidaire (tailler et facetter les pierres gemmes pour les révéler).
Nous proposons également des formations plus spécialisées mais toujours en lien avec le métier comme celui de designer travaillant avec des logiciels (CAO), l’impression 3D… Notre offre permet également de se former aux métiers de la vente, de la mise en industrie, de la fonderie (transformation des maquettes en pièces métalliques)…
Dans le cadre de notre programme « Transmettre pour Préserver », nous travaillons avec l’industrie du luxe et des entreprises de la pierre (bâti), du textile, du verre, de l’optique…

Pourriez-vous présenter brièvement votre parcours professionnel ?
J’ai 44 ans et je comptabilise 18 années d’activité professionnelle au service de la formation professionnelle continue. Je suis tombé dans les métiers d’arts lorsque j’ai pris la direction d’une école spécialisée dans le travail du métal avec une spécialisation en bijouterie et en joaillerie. Cette expérience n’a duré que deux ans mais elle a été déterminante pour la suite car j’y ai rencontré ceux qui détenaient un savoir-faire que l’on pourrait qualifier d’ancestral.
Comment est venue votre vocation ?
J’ai pu observer ceux qui fabriquent des créations à forte mobilisation de savoir-faire. Et j’ai adoré cela. Mais la technique, ce n’est pas tout. J’ai découvert chez ces passionnés un autre amour : celui de transmettre, d’enseigner, de permettre aux plus jeunes de grandir, de se construire dans l’amour du faire. Dans la suite de mon parcours professionnel au service de la formation continue, je voulais préserver par-dessus tout cette valeur et cette dynamique de la transmission. Et une rencontre a tout changé, d’une certaine manière…
Pourriez-vous nous en dire plus ?
Lors de cette brève expérience professionnelle que je viens d’évoquer, j’ai eu la chance de rencontrer celle qui allait devenir mon associée au sein de l’AMA, Frédérique Hagège. Elle s’est imposée naturellement avec son énergie et son expérience du mécénat de compétence avec le mentorat des jeunes au cœur de sa démarche. Elle finançait alors des programmes éducatifs pour la fondation Accenture, comme la formation des publics au codage informatique et aux métiers du numérique. Elle a par exemple créé des écoles de formation en Asie du Sud-Est mais aussi des programmes comme « Une grande école : pourquoi pas moi ? » en France.
Qu’est-ce qui a motivé la création de l’AMA ?
Frédérique était spécialisée dans la transmission des savoir-faire. De mon côté, j’avais identifié un gros besoin au niveau des métiers d’art car la plupart des entreprises dans ce domaine sont des TPE. Or les TPE doivent produire à flux tendu, avec peu d’effectifs, ce qui laisse peu de temps pour la transmission des techniques et des savoir-faire. D’autre part, nous avons la génération du baby-boom qui prend sa retraite au fil des années. Il y avait donc la nécessité d’élaborer une offre professionnelle d’accompagnement et de transmission dans l’apprentissage des techniques requises pour l’excellence des métiers d’art. Avec Frédérique, notre philosophie était claire : nous voulions une structure utile, concrète, dynamique, avec un réel impact sociétal. De mon côté, j’arpente les sentiers ardus de la réglementation, un secteur extrêmement mouvant avec des nouvelles lois tous les 6 mois. Il faut donc suivre cet aspect-là de près…
Pourquoi ce partenariat avec l’Union Compagnonnique ?
J’ai déjà évoqué notre amour de la transmission des métiers de la matière. Cette vocation nous relie naturellement à l’Union Compagnonnique car nos structures offrent des espaces de vie et de transmission. La connexion a donc été naturelle.
Les Compagnons sont les dépositaires d’un savoir-faire qui n’a pas de prix. Ils cherchent à transmettre leur métier dans les meilleures conditions afin de le pérenniser et de contribuer aux valeurs ancestrales de l’artisanat. Cette démarche est une forme de continuation de la tradition ouvrière.
L’AMA pouvait mutualiser ses ressources avec l’Union en accueillant les jeunes attirés par nos métiers. Nous pouvions ainsi regrouper l’accompagnement avec « l’esprit Compagnonnique » et l’accompagnement technique propre à nos compétences. On peut dire que l’AMA est un outil au service de l’Union Compagnonnique en renforçant son offre avec des stages courts, par exemple.
Lorsqu’un jeune parvient au terme de son parcours de formation, il va apporter au monde un beau cadeau : son savoir-faire, son savoir-être et sa capacité à renforcer le sens de son métier après avoir grandi techniquement et professionnellement.
Pourriez-vous nous décrire l’environnement de travail au sein de l’AMA ?
Nous avons déménagé le 1er septembre 2025 mais nous restons toujours au bord du canal de l’Ourcq à Pantin (93). Nous disposons aujourd’hui d’un plateau de 1200 mètres² dans un grand bâtiment de plusieurs étages. Cela nous permet de nous épanouir avec de nouvelles salles, une meilleure exposition à la lumière naturelle, une énorme terrasse bénéficiant d’un bel ensoleillement en fin de journée ! Nous avons eu la joie d’aménager nos nouveaux plateaux avec l’aide du Compagnon Émilien Espuche et tout notre matériel contenant notamment les dernières innovations techniques pour le sertissage.
Nous avons la capacité de former 10 jeunes en CAP Lapidaire sur un même plateau : nous n’avons pas d’équivalent en Europe ! Enfin, au niveau des effectifs, notre équipe s’est agrandie : nous avons un responsable pédagogique, une responsable du bien-être, 10 intervenants supplémentaires, un directeur de la stratégie et de l’innovation… Je précise que notre équipe encadrante est bien formée et partage nos valeurs.
Le savoir-faire mérite d’être préservé et peut séduire également des jeunes provenant d’autres métiers. On veut leur faire vivre une tranche de vie, une immersion dans la vie professionnelle avec une réelle bienveillance. Les jeunes qui sortent de chez nous conservent cela avec eux en héritage. C’est une manière d’essaimer.
Quelles démarches peut-on accomplir pour suivre une formation ?
Pour candidater, il faut s’y prendre tôt car nous avons une énorme demande pour nos formations diplômantes. Au 16 mars 2026, nous comptabilisons déjà 160 demandes rien que pour les CAP. C’est sans compter les diplômes supérieurs. Pour l’année 2027, certaines formations sont déjà complètes au niveau des inscriptions. Il faut donc se lever tôt et faire preuve de célérité. Mais les Compagnons ont le goût de l’effort, je ne suis donc pas très inquiet pour ceux qui sont motivés…
Sur le site internet de l’AMA, une page est dédiée aux Aspirants ou Compagnons de l’Union Compagnonnique. Si vous souhaitez proposer une thématique spécifique ou approfondir vos connaissances dans un domaine que nous n’avons pas développé, vous pouvez simplement nous écrire à contact@lacademiedesmetiersdart.com
Site : www.lacademiedesmetiersdart.com
Photos © Laetitia d’Aboville
Propos recueillis et mis en forme par Stéphane Lacombe





